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Nouveau · Les guides de la FMT pour les patients et les médecins Découvrir

Exercer autrement : le guide du médecin téléconsultant

 

Comprendre la téléconsultation salariée, comparer les statuts et choisir sa structure avec discernement.

Version 1.0 · Guide validé par la Fédération des Médecins Téléconsultants, 2026

La téléconsultation n'est plus une pratique marginale : c'est aussi une manière d'exercer la médecine. Depuis 2024, des sociétés agréées par l'État peuvent salarier des médecins dans un cadre fixé par la loi. Ce guide vous aide à comprendre ce mode d'exercice, à en mesurer les atouts et les limites, et à choisir votre structure avec discernement. Chaque contrat est différent : ce guide ne remplace ni votre contrat, ni l'avis de votre conseil départemental de l'Ordre.

« Choisir le salariat en téléconsultation, ce n'est pas renoncer à son indépendance. C'est exercer autrement, avec un cadre, une équipe et des garanties. À une condition : bien choisir sa structure. »

Dr Dominique Souvestre, président de la FMT

Ce qui change dans le métier

Plus d'autonomie dans le choix de son organisation et de son rythme de travail.

Moins de gestion, quand la charge administrative empiète sur le temps médical.

Des parcours variés : temps partiel, activité mixte, transition ou fin de carrière.

L'accès aux soins des patients sans médecin disponible, que le numérique permet d'atteindre.

La téléconsultation salariée, comment ça marche ?

Depuis la LFSS 2023, une société peut employer des médecins pour des téléconsultations remboursables, à condition d'être agréée par les ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale. L'État délivre et renouvelle l'agrément ; il contrôle le respect du référentiel de la HAS, du certificat de conformité de l'ANS et des règles conventionnelles. L'Assurance Maladie prend en charge les actes des médecins salariés, au tarif conventionnel, si les conditions de remboursement sont respectées.

  • La société recrute, planifie, fournit un logiciel certifié, facture et réunit un comité médical.
  • Le médecin mène la consultation, décide de la prise en charge et rédige le compte rendu.
  • Le comité médical, composé des médecins salariés, rend un avis sur la politique médicale et le programme d'actions, et contribue à la qualité et à la sécurité des soins. Il se réunit au moins trois fois par an.

Ce n'est pas une simple location de logiciel : le libéral équipé d'un outil organise et facture seul son activité, tandis que le salarié s'inscrit dans une organisation médicale encadrée (contrat, comité médical, programme qualité, contrôle de l'État).

6 bonnes raisons d'envisager la téléconsultation salariée

  1. Une protection sociale de salarié : vous êtes couvert comme tout salarié, dès votre embauche.

  2. Moins de gestion : votre temps reste du temps médical, la société s'occupe de la facturation.

  3. Un revenu prévisible : vous savez à l'avance ce que rapporte votre temps de travail, selon votre contrat.

  4. Une organisation souple : vous choisissez des plages compatibles avec vos autres engagements.

  5. Un collectif médical : des confrères et des référents sur qui compter face à une situation difficile.

  6. Des outils fournis : vous exercez sans investir dans du matériel ni dans un logiciel.

Avantages potentiels, variables selon l'employeur et le contrat.

Salarié ou libéral : quelles différences ?

Mêmes exigences médicales, cadres juridique, social et économique différents.

Critère Salarié d'une société agréée Libéral
Statut Contrat de travail (CDI, CDD…) Exercice indépendant conventionné
Rémunération Salaire fixe ou horaire Honoraires à l'acte avant charges
Cotisations et protection sociale Régime général et cotisations patronales à la charge de l'employeur Urssaf et CARMF (indemnités journalières de la CPAM du 4e au 90e jour, puis CARMF)
Congés Congés payés Congés non rémunérés
Gestion administrative Facturation et tiers payant gérés par la société Facturation, télétransmission et comptabilité à sa charge
Outils et équipements Logiciel certifié ANS et objets connectés fournis Outils choisis et financés par le médecin
Formation Formation à l'outil et aux dispositifs connectés organisée par la société Formation à organiser et financer soi-même
Communauté médicale Comité médical, médecins référents, échanges entre confrères Réseau à construire soi-même
Absences Plannings repris par l'équipe, sans remplaçant à trouver Remplaçant à trouver soi-même
Horaires Plages choisies, convenues avec l'employeur Horaires libres
Relation patients Patients adressés par la société Patientèle propre et patients suivis
Autonomie clinique Identique : le médecin décide seul de la prise en charge

Indépendance médicale : ce qui ne se négocie pas

Être salarié ne retire rien à vos devoirs ni à votre indépendance, que le médecin ne peut aliéner « sous quelque forme que ce soit ».

L'employeur organise : plannings et plages de connexion, outils et procédures techniques, parcours patient, protocoles avec le comité médical. Le médecin décide : du diagnostic et de la prise en charge, de prescrire ou de ne pas prescrire, d'orienter vers le présentiel, du temps nécessaire à chaque patient.

  • Autonomie diagnostique : aucun script ni algorithme ne s'impose à votre jugement clinique.
  • Liberté de prescription : dans le respect des règles de prise en charge, aucune ordonnance n'est due.
  • Droit d'orienter : vers un cabinet, le médecin traitant, les urgences ou le 15, dès que l'examen l'exige.
  • Secret médical : confidentialité de l'échange, données hébergées chez un hébergeur certifié HDS.
  • Consentement : patient informé et d'accord pour la téléconsultation et le partage d'informations.
  • Temps médical adapté : la durée d'une consultation relève de la situation clinique, pas d'un quota.

Une organisation peut être performante sans imposer une médecine au rendement. Un médecin salarié ne peut accepter une rémunération fondée sur des normes de productivité ou de rendement horaire (article R. 4127-97 du code de la santé publique). Son contrat est communiqué au conseil départemental de l'Ordre (article L. 4113-9).

Les 8 critères pour choisir son futur employeur

Pour chaque critère, la question concrète à poser en entretien. Une réponse vague est déjà une information.

Le critère La question à poser
1. Agrément ministériel valide, condition du remboursement « Depuis quand êtes-vous agréés, et jusqu'à quand ? »
2. Accompagnement médical, à l'arrivée puis en continu « Qui m'accompagne lors de mes débuts ? »
3. Comité médical, instance obligatoire des salariés « Comment fonctionne le comité médical ? »
4. Formation initiale et continue, prise en main de l'outil et DPC « Quelle formation à l'arrivée, puis ensuite ? »
5. Logiciels et dispositifs, fiabilité, ergonomie, objets connectés « Votre solution est-elle certifiée par l'ANS ? »
6. Données et cybersécurité, hébergement HDS et incidents « Qui héberge les données ? Et en cas d'incident ? »
7. Situations cliniques complexes, orientation et urgence « Comment orienter un patient à voir rapidement ? »
8. Évaluation de la qualité, indicateurs et retours d'expérience « Quels indicateurs suivez-vous ? Puis-je parler à des médecins en poste ? »

La liste officielle des sociétés agréées est publiée et tenue à jour par le ministère de la Santé ; elle est reprise sur notre page Sociétés agréées.

À quoi ressemble une vacation de téléconsultation ?

Un scénario pédagogique pour se représenter l'exercice, sans valeur de norme.

  1. Prise de poste : connexion, test de la caméra, du micro et du réseau ; lecture des consignes du jour.
  2. Préparer chaque consultation : motif, antécédents déclarés, traitements, documents transmis par le patient, avec son accord.
  3. Prendre en charge : échange, examen visuel guidé, constantes en téléconsultation assistée, décision médicale.
  4. Orienter quand il le faut : examen physique nécessaire ou signe de gravité, vers un cabinet, le médecin traitant, les urgences ou le 15.
  5. Rédiger le compte rendu : dans le logiciel, remis au patient et, avec son accord, transmis à son médecin traitant.
  6. Échanger avec l'équipe : avis d'un médecin référent, déclaration d'un événement indésirable, alerte technique.

Idée reçue : « En téléconsultation, on enchaîne les patients à la chaîne. » Non. La loi interdit de rémunérer un médecin salarié au rendement (article R. 4127-97). C'est vous qui décidez du temps que demande chaque patient : une organisation qui vous en empêche est un signal d'alerte.

Ce qui change par rapport au cabinet : pas d'examen physique direct, donc un seuil d'orientation vers le présentiel clair et assumé ; des patients souvent inconnus, donc une anamnèse et des documents partagés qui prennent plus de place ; une traçabilité numérique, avec un compte rendu systématique et une coordination avec le médecin traitant.

Qualité des soins : ce qui fait la différence

Une organisation médicale structurée peut soutenir la qualité des soins : protocoles médicaux partagés, formation continue, partage entre confrères, déclaration des événements indésirables, évaluation des pratiques, aide à la décision (la décision reste médicale), accès aux informations du patient avec son accord, coordination avec le médecin traitant et le territoire, téléconsultation assistée. Ces leviers existent aussi en libéral ; dans une société agréée, plusieurs sont exigés par la loi :

  • un comité médical des médecins salariés ;
  • un programme d'actions qualité, suivi par neuf indicateurs fixés par arrêté (juillet 2026) ;
  • un rapport annuel transmis à l'Ordre et aux ministres.

Les médecins salariés composent le comité médical : c'est là que se discutent protocoles, priorités qualité et organisation médicale. La qualité ne tient pas au statut, mais à l'organisation et à l'engagement des médecins.

5 signaux qui doivent vous alerter avant de signer

  1. Vigilance

    1. Une rémunération opaque

    « Le montant dépendra de l'activité. » Sans mode de calcul écrit, impossible de comparer ni de vérifier.

  2. Non-conformité

    2. Une prime au rendement

    « Bonus au-delà de X patients par heure. » Une rémunération fondée sur des normes de productivité est interdite (article R. 4127-97).

  3. Vigilance

    3. Aucun soutien médical

    « En cas de doute, vous gérez. » Ni référent joignable, ni procédure pour les cas complexes.

  4. Vigilance

    4. Des modalités floues

    « Le planning arrive chaque semaine. » Plages, préavis, pauses, durée des vacations : tout doit être écrit.

  5. Non-conformité

    5. Pas d'orientation possible

    « Ici, on traite tout à distance. » Orienter vers le présentiel est un devoir médical et une exigence de qualité.

« Être médecin salarié ne signifie pas renoncer à son indépendance médicale. C'est choisir une autre manière de l'exercer. »

Vos questions

Retrouvez les réponses aux questions de pratique dans notre FAQ, rubrique Pratiquer à distance, et rejoignez la Fédération : l'adhésion est gratuite.

Ce guide a une vocation d'information générale : il ne constitue ni un conseil juridique, ni une recommandation d'employeur. Faites examiner tout contrat par votre conseil départemental de l'Ordre et, si besoin, par un conseil juridique.