Le cumul emploi-retraite en téléconsultation
Au 1er janvier 2026, la France compte 126 570 médecins libéraux, avec un âge moyen de 51 ans : c’est ce qu’avance la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF) lors de la publication de sa pyramide des âges.
Le vieillissement de la profession se poursuit, avec une part croissante de praticiens approchant ou ayant dépassé l’âge de la retraite, tandis que les nouvelles installations ne suffisent pas à compenser les départs. Cette évolution progressive contribue à fragiliser l’équilibre de l’offre de soins sur le territoire.
Dans ce contexte, le cumul emploi-retraite s’est progressivement imposé comme un levier d’ajustement. Près de 15 000 médecins libéraux déclarent en effet être en retraite active, soit environ 12 % d’entre eux. Ce chiffre, en apparence limité, recouvre en réalité une contribution essentielle au fonctionnement du système de soins, en permettant de maintenir en activité des médecins expérimentés et immédiatement opérationnels.
Alors même que de fortes tensions pèsent sur l’accès aux soins, de nombreux praticiens à la retraite font aujourd’hui le choix de maintenir une activité. Dans ce contexte, la téléconsultation apparaît souvent comme une modalité d’exercice privilégiée par ces derniers afin d’offrir du temps médical et de mettre à disposition des patients leur expertise.
Une pratique largement répandue chez les médecins expérimentés
Contrairement à une idée parfois répandue, la téléconsultation ne concerne pas principalement de jeunes praticiens en début de carrière. Une enquête réalisée par la Fédération des Médecins Téléconsultants (FMT) auprès de ses adhérents a mis en avant le maintien d’une activité médicale à distance après un départ à la retraite chez de nombreux praticiens.
Selon celle-ci, près de 9 médecins téléconsultants sur 10 ont plus de 50 ans, et plus de 6 praticiens sur 10 sont aujourd’hui retraités.

Ces données viennent nuancer certaines représentations encore présentes dans le débat public : la téléconsultation n’est pas un mode d’exercice émergent réservé à une nouvelle génération de praticiens, mais un outil largement approprié par des médecins ayant acquis, au fil des années, une expertise clinique solide.
Pour ces praticiens, la téléconsultation constitue une modalité d’exercice adaptée, permettant de poursuivre une activité médicale dans des conditions compatibles avec leur situation, tout en continuant à répondre aux besoins des patients. Elle s’inscrit ainsi dans une logique de continuité des parcours professionnels.
Un mode d’exercice désormais ancré dans les usages
L’enquête de la FMT met également en évidence l’ancrage durable de la téléconsultation dans les pratiques médicales. La moitié des médecins interrogés exerce la téléconsultation depuis 2 à 5 ans, et près d’1 praticien sur 5 depuis plus de 5 ans.

La téléconsultation ne relève donc plus d’un usage ponctuel ou circonstanciel lié à la crise sanitaire, mais d’une pratique désormais pleinement intégrée dans les usages, à la fois des patients et des professionnels. Elle s’inscrit dans les parcours, se structure, et trouve progressivement sa place aux côtés des modalités de prise en charge traditionnelles.
Le rôle structurant des médecins retraités dans un système sous tension
Alors que le cumul emploi-retraite concerne environ 12 % des médecins libéraux, ces praticiens représentent une part majoritaire des médecins téléconsultants. Cette concentration souligne le rôle particulier de la téléconsultation comme modalité d’exercice permettant de prolonger l’activité médicale au-delà de la retraite.
Dans un système de santé confronté à des tensions durables, cette capacité à mobiliser des médecins disponibles constitue un levier essentiel. Elle permet de compenser, au moins en partie, les effets du vieillissement de la profession et les difficultés d’accès aux soins sur certains territoires.
Un point de vigilance : les évolutions récentes du régime de cumul emploi-retraite
L’article 102 de la Loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026 prévoit un durcissement des conditions de cumul emploi-retraite. Les modalités du régime actuellement en vigueur feront l’objet d’une refonte totale, à compter du 1er janvier 2027.
Le renforcement de ces dernières pourrait fortement limiter la possibilité de poursuite d’activité pour certains médecins. Or, les praticiens retraités actifs jouent aujourd’hui un rôle central dans l’accès aux soins, en particulier pour les patients sans médecin traitant, les territoires sous-dotés ou encore les situations de soins non programmés. Une réduction de l’activité de ces professionnels expérimentés pourrait ainsi avoir des effets immédiats sur les délais d’accès, le recours aux urgences, et, plus largement, sur le renoncement aux soins.
Dans cette perspective, la Fédération appelle à une prise en compte fine des spécificités de l’exercice en téléconsultation. À défaut d’une évolution globale du régime du cumul, des dispositifs de dérogation ciblés pourraient être envisagés. Ces dispositifs gagneraient à être fondés non sur le lieu d’exercice du médecin, mais sur la situation des patients pris en charge, notamment en cas d’absence de médecin traitant ou dans les territoires sous-dotés.