Renoncement aux soins en Europe : un indicateur révélateur des tensions sur l’accès aux soins
Une récente infographie publiée par Courrier international met en lumière une réalité préoccupante. Dans plusieurs pays européens, une part croissante de la population déclare renoncer à des soins de santé dont elle aurait pourtant besoin.
Fondées sur les données d’Eurostat, ces analyses permettent d’observer l’évolution du phénomène de renoncement aux soins au sein de l’Union européenne entre 2010 et 2024. Bien que les situations nationales restent contrastées, une tendance commune se dégage : l’accès effectif aux soins apparaît de plus en plus contraint.
Au-delà des différences entre systèmes de santé, cet indicateur révèle les tensions qui traversent aujourd’hui l’organisation des soins en Europe.
Un indicateur pour mesurer l’accès réel aux soins
Les données utilisées reposent sur l’enquête européenne EU-SILC, qui mesure la part de la population âgée de 16 ans et plus déclarant avoir eu des besoins médicaux non satisfaits.
Trois principales raisons sont prises en compte dans cet indicateur :
- le coût des soins, lorsque la prise en charge financière est insuffisante ;
- les délais d’attente trop longs, qui empêchent l’accès rapide à un professionnel de santé ;
- la distance géographique ou les difficultés de déplacement vers les structures de soins.
Cet indicateur présente un intérêt particulier : il ne mesure pas uniquement l’état de santé de la population, mais bien l’accès effectif aux soins. Il permet ainsi d’identifier les situations dans lesquelles les systèmes de santé, malgré leur organisation et leurs ressources, ne parviennent pas à répondre pleinement aux besoins exprimés par les patients.
Une situation contrastée au sein de l’Union européenne
L’analyse des données entre 2010 et 2024 met en évidence une évolution contrastée selon les pays.
Dans 16 États membres de l’Union européenne, la proportion de personnes déclarant avoir renoncé à des soins a augmenté sur cette période. Cette évolution témoigne de difficultés croissantes pour accéder aux services de santé, qu’elles soient liées à des contraintes financières, organisationnelles ou territoriales. À l’inverse, 11 pays ont connu une amélioration de la situation, démontrant que des évolutions positives restent possibles lorsque des politiques publiques adaptées sont mises en œuvre.
Certaines évolutions apparaissent particulièrement marquées. La situation s’est par exemple fortement dégradée dans des pays comme la Grèce ou la Finlande, tandis qu’en Bulgarie, la part de la population déclarant renoncer à des soins a presque été divisée par dix au cours de la période étudiée.
Ces écarts illustrent la diversité des systèmes de santé européens, mais également l’impact des politiques d’organisation des soins et de financement sur l’accès réel aux services médicaux.
Le cas français : une progression du renoncement aux soins
La France fait partie des pays où l’indicateur de renoncement aux soins s’est détérioré au cours des 15 dernières années. Selon les données relayées par Courrier international, la part de la population déclarant avoir renoncé à des soins a plus que doublé entre 2010 et 2024, pour atteindre 4,1 % de la population.
Ce constat fait notamment écho aux données mises en avant par le dernier baromètre de la Fédération hospitalière de France (FHF), publié le 17 mars dernier.
Même si ce niveau reste inférieur à celui observé dans certains pays européens, cette évolution constitue un signal d’alerte et traduit les tensions croissantes qui pèsent sur l’accès aux soins dans le système de santé français.
Des tensions sur l’offre médicale, entraînant un renoncement aux soins
Les systèmes de santé européens doivent faire face à une augmentation continue des besoins de soins, liée notamment au vieillissement de la population et à la progression des maladies chroniques. De plus, de nombreux pays connaissent des difficultés croissantes en matière de démographie médicale, la disponibilité des professionnels de santé ne progressant pas toujours au même rythme que les besoins de la population.
Le renoncement aux soins ne serait donc pas le résultat d’une cause unique et isolée. Dans certains cas, il peut s’expliquer par des difficultés financières, lorsque le coût à supporter par les patients est trop élevé. Dans d’autres situations, ce sont les délais d’attente qui constituent le principal obstacle. Lorsqu’un rendez-vous médical ne peut être obtenu dans un délai raisonnable, certains patients renoncent temporairement à consulter.
Enfin, la distance géographique ou les contraintes de déplacement peuvent également constituer un frein à l’accès aux soins, notamment dans les territoires ruraux ou les zones où l’offre médicale est limitée.
En France, cette situation est particulièrement observée en raison de la progression du phénomène de désertification médicale. Dans les territoires concernés, les délais d’accès à un rendez-vous médical peuvent s’allonger, conduisant certains patients à différer ou à abandonner leur démarche de soins.
L’organisation du système peut parfois rendre l’accès aux professionnels de santé complexe dans les zones où l’offre de soins est plus importante également, notamment pour les consultations de soins non programmés ou pour certains motifs médicaux jugés peu prioritaires.
La téléconsultation comme levier complémentaire d’accès aux soins
Dans ce contexte, la télémédecine et plus particulièrement la téléconsultation apparaissent comme des outils pertinents, à mobiliser pour améliorer l’accès aux soins.
En permettant à un patient de consulter un médecin à distance, la téléconsultation facilite l’accès à un avis médical dans des délais plus courts, notamment pour des situations médicales ne nécessitant pas d’examen clinique approfondi.
Elle peut également jouer un rôle utile dans l’orientation des patients, en permettant de distinguer les situations nécessitant une prise en charge en présentiel de celles pouvant être traitées à distance.
Dans certains cas, la téléconsultation peut ainsi contribuer à éviter des passages inutiles aux urgences, tout en permettant une prise en charge médicale rapide.
Il convient toutefois de rappeler que la téléconsultation n’a pas pour vocation de se substituer à la médecine présentielle. Elle constitue un outil complémentaire, qui s’inscrit dans l’organisation globale des parcours de soins.
Vers une approche plus globale de l’accès aux soins
Ces données européennes sur le renoncement aux soins rappellent que l’accès aux services médicaux constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les systèmes de santé.
Face à l’évolution des besoins de la population et aux tensions sur l’offre de soins, les politiques publiques sont amenées à explorer différentes pistes : développement de nouvelles organisations territoriales, renforcement de la coordination entre professionnels de santé, ou encore intégration de solutions numériques dans les parcours de soins.
Dans ce contexte, l’enjeu consiste à combiner différentes approches, afin de garantir un accès aux soins rapide, équitable et sécurisé pour l’ensemble de la population.
La téléconsultation, lorsqu’elle est encadrée et intégrée de manière cohérente dans l’organisation des soins, peut contribuer à cet objectif en apportant des réponses concrètes à certaines situations de difficultés d’accès aux professionnels de santé.