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Baromètre FHF x Ipsos : une dégradation structurelle de l’accès aux soins

Le 17 mars dernier, la Fédération hospitalière de France (FHF) publiait son troisième baromètre de l’accès aux soins, en partenariat avec Ipsos BVA. Le constat dressé est sans appel : l’accès aux soins continue sans cesse de se dégrader, de manière rapide, structurelle et désormais largement ressentie par la population. Au-delà des perceptions, les chiffres témoignent d’un basculement préoccupant du système de santé, dans lequel les difficultés d’accès deviennent la norme plutôt que l’exception.



Des préoccupations fortes

Le premier enseignement majeur de cette étude tient à l’intensité des inquiétudes exprimées par les Français. Une très large majorité d’entre eux se disent aujourd’hui en colère face à la situation du système de santé. Ils sont 90 % à dénoncer le manque de moyens alloués à l’hôpital public, tandis que 89 % estiment qu’en l’absence d’investissements rapides, le système court à la catastrophe. D’autre part, 85 % des citoyens se déclarent révoltés par les inégalités d’accès aux soins sur le territoire. Ces résultats traduisent un changement profond : la question de l’accès aux soins n’est plus seulement un enjeu technique ou organisationnel, elle devient un sujet de préoccupation sociétale majeur.

Cette inquiétude se décline également à l’échelle individuelle. 73 % des Français expriment aujourd’hui une crainte de ne pas pouvoir accéder à des soins de qualité en cas de besoin urgent. Ces chiffres témoignent d’une perte de confiance progressive dans la capacité du système à répondre efficacement à la demande sanitaire.

Des délais d’accès aux soins toujours plus longs

Dans ce contexte de tensions, les délais d’accès aux soins apparaissent comme l’un des principaux facteurs explicatifs des difficultés rencontrées. Les données du baromètre mettent en évidence des temps d’attente particulièrement élevés pour accéder à certains spécialistes. Il faut ainsi en moyenne plus de 4 mois pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue, plus de 3 mois pour un cardiologue, et près de trois mois pour un ophtalmologiste. L’accès à la médecine générale se dégrade également, avec un délai moyen de 12 jours pour consulter un médecin généraliste en 2025, contre seulement 4 jours en 2019.

Au-delà de leur longueur importante, ces délais se caractérisent surtout par leur évolution rapide. En quelques années, ils ont fortement augmenté, traduisant une tension croissante entre l’offre de soins disponible et la demande de la population. Cette dynamique touche l’ensemble du territoire, avec des disparités régionales importantes : certaines zones se trouvent ainsi confrontées à des délais encore plus longs, renforçant les inégalités d’accès et contribuant à la constitution de véritables déserts médicaux.

Ces tensions se sont progressivement ancrées dans le système de soins, nous obligeant à repenser en profondeur son organisation et redéfinir les modalités d’accès, en particulier pour les soins non programmés.

Des niveaux record de renoncement aux soins

Les conséquences de cette dégradation sont désormais bien identifiées, et sont particulièrement visibles à travers le phénomène de renoncement aux soins. Selon le baromètre, 73 % des Français déclarent avoir déjà renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années, contre 63 % en 2024. Il s’agit d’une augmentation de 10 points, soit 7 millions de personnes supplémentaires.

Les raisons de ce renoncement sont elles aussi éclairantes. Les délais d’obtention de rendez-vous, jugés trop longs, sont la cause principale de renoncement aux soins, ce motif étant cité dans près de 6 cas sur 10. Les contraintes financières arrivent en deuxième position, avec 40 % des Français concernés, suivies par les difficultés liées à la distance et à l’éloignement des structures de soins, qui touchent 38 % des répondants. Ces données montrent que le renoncement aux soins ne relève pas d’un seul facteur, mais bien d’une combinaison de barrières temporelles, économiques et géographiques.

Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle touche de manière accrue certaines populations. Les personnes âgées de moins de 35 ans, en particulier, apparaissent fortement exposés, avec des niveaux de renoncement particulièrement élevés (57 %). Chez les personnes âgées de plus de 60 ans, cette proportion est estimée à 41%.

 

Des services d’urgences sous tension

Face à ces difficultés d’accès, les comportements des patients évoluent, souvent caractérisés par un recours croissant aux services d’urgence. Le baromètre révèle ainsi que près d’un Français sur deux s’y est déjà rendu pour une situation qui ne relevait pas d’une urgence médicale. Ce phénomène, en augmentation par rapport aux années précédentes, s’explique en grande partie par l’absence d’alternatives accessibles dans des délais raisonnables.

Beaucoup déclarent en effet ne pas avoir pu obtenir de rendez-vous en médecine de ville. D’autres mettent en avant la possibilité de réaliser rapidement des examens complémentaires à l’hôpital, ne pas savoir vers qui se tourner en dehors des urgences ou encore des contraintes financières les empêchant de consulter en ville. Ces éléments confirment que les urgences jouent de plus en plus un rôle de filet de sécurité face aux difficultés d’accès aux soins.

 

La téléconsultation, un levier à mobiliser pour améliorer l’accès aux soins

Les données avancées par le baromètre confirment l’installation d’une crise durable de l’accès aux soins en France. L’allongement des délais, la progression du renoncement aux soins, la pression croissante sur les services d’urgences et les inégalités territoriales dessinent les contours d’un système sous tension, qui peine à répondre aux besoins de la population.

Dans ce contexte, la question des solutions à mettre en place devient centrale. Si le baromètre met en avant la nécessité d’investissements et de réformes structurelles, il souligne également l’urgence d’explorer des leviers complémentaires pour améliorer l’accès aux soins. À ce titre, les outils numériques, et en particulier la téléconsultation, apparaissent comme des réponses concrètes à certaines des difficultés identifiées, notamment en matière de délais et d’accès territorial.

Sans constituer une solution unique, la téléconsultation permet d’apporter une réponse rapide à des besoins de soins d’urgence non vitale, de réduire les délais d’accès à un avis médical et de désengorger les structures les plus sollicitées. Elle s’inscrit ainsi comme un outil complémentaire à l’offre présentielle, au service d’une organisation des soins plus fluide, plus accessible et plus adaptée aux réalités du terrain. Plus largement, ce baromètre appelle à une réflexion collective sur l’organisation du système de santé et sur les moyens de garantir un accès équitable et rapide à la santé pour l’ensemble des patients et des territoires.