La Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES) a publié, ce jeudi 12 février 2026, une étude détaillée consacrée aux usages et aux perceptions de la téléconsultation en France. Cette publication apporte des données précises et actualisées sur le profil des patients, leurs motivations et l’état de l’opinion publique, permettant d’objectiver la place de la téléconsultation dans le système de santé.
Bien que pouvant servir de base statistique de référence en matière de téléconsultation, il est important de noter que l’étude agrège l’ensemble des modalités de téléconsultation sans distinguer clairement les formats (à domicile, assistée en pharmacie, en cabine, via une plateforme agréée), ni analyser les données exhaustives d’activité des dispositifs encadrés par l’État. Cette absence de différenciation appelle donc à une lecture nuancée des résultats.
En 2024, 15 % des personnes âgées de 18 ans ou plus déclarent avoir eu recours à une téléconsultation au cours des douze derniers mois. Parmi celles ayant consulté un médecin, en présentiel ou à distance, cette proportion atteint les 18 %.
Après le pic lié à la crise sanitaire — 9,4 millions d’actes en 2021, soit 3,7 % de l’ensemble des consultations — le volume a diminué avant de se stabiliser : 7,6 millions en 2022, soit 3,0 % des consultations, et 5,4 millions en 2023, soit 2,2 % des consultations.
Ces chiffres confirment que la téléconsultation n’est plus un phénomène conjoncturel : il s’agit d’une pratique durablement installée dans les usages et d’une composante du parcours de soins.
L’étude souligne un recours à la téléconsultation plus fréquent dans les grands centres urbains, mettant en lumière les disparités entre les territoires : 21 % des habitants des grands centres urbains ont téléconsulté, contre 12 % dans les centres urbains intermédiaires et les petites villes, 11 % en milieu rural périurbain et seulement 9 % en milieu rural non périurbain.
Dans les communes classées comme sous-dotées en médecins généralistes, 17 % des habitants déclarent avoir eu recours à la téléconsultation, contre 14 % dans les communes moyennement dotées et 15 % dans les communes suffisamment dotées.
Cette fois encore, les données ne sont pas tout à fait représentatives de la réalité du terrain. Il convient tout d’abord de rappeler qu’une métropole dense peut constituer un désert médical dès lors que l’offre médicale est insuffisante au regard du nombre d’habitants et des délais d’attente. La densité géographique ne garantit pas l’accessibilité réelle.
De plus, les données présentées agrègent à nouveau toutes les formes de téléconsultation, y compris les usages autonomes à domicile. Elle ne permet pas d’isoler le rôle spécifique des dispositifs assistés, qui sont majoritairement implantés dans des territoires identifiés comme sous-dotés ou en tension d’offre médicale. En ce sens, la téléconsultation assistée devrait être considérée comme un outil d’aménagement sanitaire du territoire, venant soutenir les zones sous-dotées et fluidifier l’accès aux soins primaires.
L’étude observe par ailleurs que les profils des patients téléconsultants varient largement en fonction des âges : les personnes âgées de moins de 45 ans recourent nettement davantage aux consultations à distance que les plus de 60 ans (autour de 22–23 % contre moins de 10 %).
Néanmoins, il est important de noter que les personnes âgées qui téléconsultent le font prioritairement en raison de difficultés de déplacement, d’un besoin de conseil médical rapide ou d’une contrainte de mobilité liée à leur état de santé. Le frein principal apparaît alors moins médical que technique.
Les dispositifs de téléconsultation assistée répondent précisément à cette barrière : accompagnement physique, aide à la prise en main des outils, dispositifs connectés, présence d’un professionnel de santé. Lorsque l’accompagnement existe, la fracture numérique recule fortement.
Près d’un patient sur deux (43 %) explique avoir recours à la téléconsultation en raison de délais d’attente trop longs pour obtenir un rendez-vous en cabinet. Un tiers d’entre eux évoque une situation ressentie comme urgente et 20 % un besoin simple, comme un renouvellement d’ordonnance ou de certificat médical.
Dans les communes sous-dotées en médecins généralistes, cette logique est encore plus marquée : 52 % des patients citent les délais d’attente comme motif principal, contre 38 % dans les communes suffisamment dotées. Ces données montrent que la téléconsultation s’inscrit avant tout comme une réponse puissante aux tensions d’accès aux soins, plutôt qu’un simple outil de confort.
Plus de 70 % des Français estiment que la téléconsultation constitue un moyen de lutter contre les déserts médicaux et de désengorger les urgences. Cette proportion atteint 85 % parmi les patients ayant déjà téléconsulté.
Cependant, les réserves exprimées restent fortes : plus de huit personnes sur dix considèrent que la téléconsultation déshumanise la relation médecin-patient, et plus de six sur dix estiment qu’elle augmente les risques de fuite des données de santé.
Ces préoccupations appellent un travail constant de pédagogie. La téléconsultation est un acte médical à part entière, soumis aux mêmes exigences de qualité, de responsabilité et de sécurité que le présentiel. Elle relève d’un cadre réglementaire strict, notamment lorsqu’elle est exercée via des dispositifs agréés.
Bien que le potentiel de la téléconsultation en tant que levier de réponse aux besoins de santé ait été reconnu, son déploiement demeure limité et marqué de disparités.
Dans ce contexte, la feuille de route annoncée à l’issue des Assises de la télémédecine constituera une étape importante. Les mesures promises par la Ministre de la Santé, notamment concernant l’adaptation ciblée du seuil des 20% et le développement de la téléconsultation assistée, s’inscrivent précisément dans une logique de clarification et de structuration de la pratique médicale à distance. Il s’agit d’un signal politique fort : la télémédecine n’est pas un substitut, mais un levier organisationnel au service de l’équité territoriale et de la continuité des soins.
Les deux prochaines années devront permettre d’aller au-delà de la simple stabilisation des usages, en structurant davantage les pratiques, en accompagnant les professionnels et en veillant à ce que la télémédecine puisse bénéficier à l’ensemble des territoires et des publics.
La Fédération des Médecins Téléconsultants restera pleinement mobilisée dans cette démarche, tout en continuant à défendre une vision responsable et inclusive de la téléconsultation, au service de l’accès aux soins pour tous.