Dans un contexte marqué par des tensions croissantes sur l’offre médicale et par la recherche d’une meilleure efficience du système de santé, la téléconsultation continue de développer sa place de facilitateur d’accès aux soins. Une publication récente vient d’ailleurs apporter un éclairage particulièrement instructif sur l’impact économique de cette pratique.
Dans une étude parue le 22 février 2026 dans la revue scientifique JAMA Network Open, des chercheurs de la Perelman School of Medicine de l’Université de Pennsylvanie ont analysé les coûts associés aux consultations médicales réalisées à distance et en présentiel. Les résultats mettent en évidence un écart significatif : pour les pathologies les plus courantes pouvant être prises en charge dans les deux formats, les téléconsultations apparaissent en moyenne cinq fois moins coûteuses que les consultations réalisées en cabinet ou à l’hôpital.
Au-delà de cette différence de coût, l’étude met également en évidence un autre résultat particulièrement intéressant. Selon celle-ci, les patients ayant recours à la téléconsultation auraient moins besoin de consultations de suivi après leur prise en charge initiale.
Ces conclusions contribuent à nourrir le débat sur la place de la télémédecine dans l’organisation des soins et sur sa capacité à constituer un levier d’amélioration de l’accès aux soins tout en participant à la maîtrise des dépenses de santé.
Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs ont analysé les données de facturation transmises aux assureurs pour plus de 160 000 consultations, réalisées sur une période de quatre mois en 2024 au sein de cinq hôpitaux du système de santé de l’Université de Pennsylvanie (UPHS).
L’étude s’est concentrée sur dix motifs de consultation fréquents, dont :
Afin d’évaluer précisément les coûts associés à chaque prise en charge, les chercheurs ont structuré leur analyse autour d’épisodes de soins. Chaque épisode incluait les soins réalisés dans les sept jours précédant la consultation initiale et les trente jours suivant celle-ci, permettant ainsi d’intégrer l’ensemble des consultations ou actes médicaux éventuellement nécessaires après la première prise en charge.
Cette approche permettait de déterminer si la téléconsultation se contentait de retarder une consultation en présentiel ou si elle permettait, au contraire, de résoudre efficacement une part significative des situations médicales.
Lorsque la première consultation était réalisée en téléconsultation, le coût moyen d’un épisode de soins s’élevait à 96 dollars. Lorsque la prise en charge débutait par une consultation en présentiel, ce coût atteignait 509 dollars en moyenne. Autrement dit, pour les pathologies étudiées, la téléconsultation apparaît plus de cinq fois moins coûteuse que la consultation classique.
Ces résultats viennent contredire une inquiétude souvent formulée au moment du développement rapide de la télémédecine, notamment pendant la pandémie de COVID-19, selon laquelle la téléconsultation pourrait constituer une simple étape intermédiaire avant une consultation en présentiel, entraînant ainsi une multiplication des actes et une augmentation des dépenses de santé.
L’analyse met également en évidence un autre résultat notable : les patients ayant eu recours à la téléconsultation ont fait l’objet de moins de consultations de suivi que ceux ayant été reçus en présentiel.
En moyenne, les patients ayant commencé leur prise en charge par une téléconsultation ont eu légèrement plus de trois consultations au total, tandis que ceux ayant débuté par une consultation en présentiel en ont eu plus de quatre.
Ces données suggèrent que la téléconsultation permet, dans un certain nombre de situations, de répondre efficacement à la demande de soins de premier recours, sans générer davantage de recours ultérieurs au système de santé.
Comme le soulignent les chercheurs, les résultats peuvent toutefois varier selon les domaines médicaux.
Dans le champ de la santé mentale et comportementale, les coûts globaux par épisode de soins apparaissent relativement similaires entre téléconsultation et consultation en présentiel. Cette situation s’explique notamment par la nature même des prises en charge, qui reposent principalement sur l’échange clinique, le suivi thérapeutique et l’ajustement des traitements, plutôt que sur la réalisation d’examens médicaux.
Néanmoins, même dans ce domaine, la téléconsultation reste associée à un nombre légèrement inférieur de consultations de suivi, ce qui suggère tout de même une certaine efficacité organisationnelle.
Dans d’autres situations, l’écart de coût est encore plus marqué. Pour les symptômes respiratoires, par exemple, les chercheurs ont observé un différentiel pouvant atteindre près de 800 dollars en moyenne entre les deux modalités de prise en charge.
Ces résultats s’inscrivent dans un contexte où la télémédecine, initialement massivement déployée pendant la pandémie de COVID-19, s’est progressivement installée comme une composante durable de l’offre de soins.
Au sein du système de santé étudié, l’utilisation de la téléconsultation a connu une croissance particulièrement importante. Alors que 11 000 téléconsultations seulement avaient été réalisées en 2019, plus d’un million de consultations à distance ont été enregistrées entre mars 2020 et février 2021, soit une multiplication par quatre-vingt-dix.
Aujourd’hui encore, la téléconsultation représente entre 4 % et 6 % de l’ensemble des consultations médicales réalisées dans les établissements étudiés. Ces données illustrent la place croissante qu’occupe la télémédecine dans l’organisation des soins, tant pour améliorer l’accès aux médecins que pour optimiser l’utilisation des ressources du système de santé.
Au-delà du système américain dans lequel l’étude a été menée, les chercheurs estiment que leurs conclusions présentent un intérêt plus large. Elles montrent notamment que lorsque la téléconsultation bénéficie d’un cadre réglementaire adapté et d’une intégration effective dans les parcours de soins, elle peut constituer un outil pertinent pour améliorer l’efficience du système de santé.
Dans un contexte marqué par la hausse des besoins de santé, le vieillissement de la population et les tensions sur la démographie médicale, ces résultats viennent alimenter les réflexions sur l’évolution des organisations de soins et sur la complémentarité entre médecine présentielle et médecine à distance.
La téléconsultation ne saurait évidemment se substituer à l’ensemble des consultations médicales. Certaines situations nécessitent un examen clinique approfondi ou la réalisation d’actes techniques qui imposent la présence physique du patient. Pour autant, pour un grand nombre de situations médicales courantes — notamment celles où l’interrogatoire clinique constitue l’élément principal du diagnostic — la téléconsultation apparaît aujourd’hui comme une modalité de prise en charge efficace, rapide et économiquement pertinente.
À l’heure où de nombreux systèmes de santé cherchent à concilier amélioration de l’accès aux soins, qualité de la prise en charge et soutenabilité financière, ces travaux viennent rappeler que la télémédecine peut constituer un levier structurant d’évolution de l’offre de soins, à condition de s’inscrire dans un cadre médical exigeant et dans une organisation coordonnée des parcours de soins.